Prise de parole de la secrétaire générale CGT devant Benech

Chers collègues soignants, médicotechniques, administratifs, techniques, et ouvriers, nous vous remercions d’être venu nombreuses et nombreux à ce rassemblement pour manifester votre inquiétude et votre colère. Nous avons une pensée pour celles et ceux qui sont assignés mais solidaires de notre mouvement et qui ont pu se déclarer malgré tout grévistes, possibilité gagnée grâce au combat de la CGT.
Ce 22 mars est avant tout une journée de mobilisation nationale contre l’austérité qui frappe nos établissements de soins et l’ensemble de la Fonction Publique.
Ceux qui pensent qu’on ne peut mélanger le local et le national sont inconscients ou de mauvaise foi car les orientations budgétaires nationales, impactent directement le financement et l’organisation de notre CHU.

Les conséquences de ces politiques d’austérité, nous les supportons quotidiennement au CHU :

  • Depuis 2002, avec le passage en 35h sans effectifs supplémentaires (contrairement au secteur privé),
  • Depuis 2012 avec le « contrat performance » qui a supprimé 400 postes en 2 ans et s’est traduit par une augmentation de l’activité, c’est-à-dire en faire faisant plus avec moins.
  • Depuis 2017 avec la suppression des emplois aidés que nous ne cautionnions pas, préférant des emplois statutaires, mais qui ont laissé sur le carreau plus de 50 agents.

 

Ne perdez pas de vue : que le déficit de plus de 21 millions d’euros qui avait entrainé le contrat performance, ce plan social déguisé, n’était que le fruit des coupes budgétaires organisées du financement de la sécurité sociale, notre principal financeur.

Que la « dette sociale », c’est-à-dire vos chaussettes, représente actuellement environ 450 000 heures, soit l’équivalent d’environ 280 postes, cherchez l’erreur ! On comprend mieux pourquoi les temps partiels sont mis à contribution…

Que la suppression des pointeuses et la non validation des 15 premières minutes supplémentaires, effectuées pourtant à la demande de votre encadrement traduisent d’une part la volonté de limiter au maximum la traçabilité de vos heures supplémentaires et d’autre part la réduction de cette fameuse dette sociale en jouant sur la vulgarisation du bénévolat. Nous vous encourageons donc à vous limiter uniquement à votre bornage horaire.
Ne perdez pas de vue, que la fin de l’écrêtage sur les blocs de GDC et la fin des transmissions sur les nouveaux secteurs en 12h sans aucune compensation, découlent de la même volonté de jouer sur le professionnalisme des agents sans aucune contrepartie.
Que toutes ces décisions sont les conséquences des attaques menées contre le service public hospitalier, porté à bouts de bras par vous, les agents hospitaliers, qui n’ont jamais été autant malmenés que ces dernières années.

Le mouvement des EHPAD et des USLD du 30 janvier et du 15 mars dernier met en évidence le scandale de la prise en soins de nos ainés, dénoncé depuis une dizaine d’années. Comment un pays aussi riche que la France peut en arriver à délaisser à ce point nos anciens quand des multinationales comme le groupe ORPEA se gavent sur le dos de ce qu’ils appellent eux-mêmes : l’or gris ?

Au CHU, fin 2017, nos collègues des urgences ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme et à se mobiliser après plusieurs évènements indésirables, tant leurs conditions de travail remettaient en cause la prise en charge des patients et leur propre sécurité. Ce secteur, sous-dimensionné en termes de locaux et d’effectifs, n’absorbe plus une activité en constante augmentation. Même si la Direction a créé quelques postes et amorcé une réorganisation, la tension est palpable sur cette unité. L’actuelle médiatisation de la détérioration des services d’urgences au niveau national démontre que malheureusement le CHU n’est pas un cas isolé.

MST, l’ancienne ministre de la santé du gouvernement Hollande avait annoncé la suppression de plus de 16.000 lits et 22.000 postes d’agents hospitaliers. La nouvelle ministre a démenti la suppression de postes dans la FPH malgré la cure d’amaigrissement prévue pour toute la fonction publique, le fameux projet CAP 2022… Nous savons que ce n’est que mensonge grossier !
Les Pinocchio ne sont pas ceux que l’on voudrait vous laisser croire ! Et pour cause, la prochaine transformation des établissements hospitaliers, dont notre CHU, se traduira par le passage à marche forcée de l’ambulatoire qui ira dans le sens des objectifs de la loi santé.

La Direction du CHU a annoncé à l’issue du toilettage de la charte GTT, que le prochain chantier s’articulerait autour de la mise en place de maquettes organisationnelles pour accompagner le virage ambulatoire. Les guides pour la mise en place de ces maquettes sont édités par la même agence qui a chapeauté le « plan social contrat performance » en 2012, c’est-à-dire l’ANAP ! Là où ces réorganisations ont été effectuées, non seulement on a observé des suppressions de lits et de postes, mais les effectifs soignants ont été revus à la baisse pour un nombre déterminé de patients.

Les premiers projets qui préfigurent la mise en place de ces maquettes organisationnelles au CHU ont tout lieu de nous inquiéter. Le dossier d’onco-hématologie a vu son report grâce à la mobilisation sans faille des personnels qui ont refusé de sacrifier l’accompagnement de patients quelquefois en fin de vie. Ce dossier sera re-présenté aux instances d’avril, car si la Direction a reconnu avoir brulé les étapes, elle a aussi revu sa copie sous la pression des agents et des organisations syndicales.
Le second projet porte sur le développement massif de l’ambulatoire sur les secteurs de chirurgie orthopédique. Là-aussi, le compte n’y est pas. Suppressions de lits, gels de postes et intensification de la charge de travail rencontrent un fort rejet de la part des équipes soignantes. A titre d’exemple, 11 ETP seraient supprimés, quand à la prise en charge des patients elle passerait de 1 IDE pour 9 patients à 1 pour 12 ?!! Les personnels refusent de sacrifier leur prise en soins.

Les prochains secteurs concernés seront la chirurgie pédiatrique, plaie cicatrisation. Nous avons mis en garde la Direction contre une augmentation de 3 lits supplémentaires sans effectifs. D’autres services suivront. Au motif d’aligner les organisations médicales et paramédicales, d’équilibrer par équité la répartition des effectifs sur les secteurs de soins, nous craignions un nivellement par le bas et un risque de suppressions d’emplois, ce que défend la Direction.

Nous ne rejetons pas un mode de prise en charge différent, mais la manière sont celui-ci serait organisé conduisant à la suppression de postes, l’intensification de la charge de travail, et la perte de sens de nos valeurs professionnelles. Même si seuls, les IDE et les AS seraient concernés, ne perdez pas de vue que d’autres professions risquent d’être touchées. La Direction envisage de revoir la journée type d’une unité de soins. Si l’IDE ne range plus la pharmacie, les préparateurs en pharmacie, les agents de la logistique risquent se voir attribuer cette nouvelle charge sans ajout de personnels supplémentaires.

Alors que de nombreux personnels de soins, administratifs, techniques et médicotechniques sont déjà en souffrance, nous refusons d’endosser la charge d’économies supplémentaires quand les comptes du CHU sont à l’équilibre ! Alors que nous ne comptons plus les collègues aides-soignants et infirmiers qui sont cassés après avoir tant donné à l’institution, combien attendent de bénéficier d’un poste aménagé ?
Bien souvent, l’administration n’a à leur offrir que le reclassement ou la réforme.

Alors Monsieur le Directeur Général, nous refusons de bâcler notre travail ! Nous refusons la démocratisation du sous-effectif organisé pour raison économique ! Chers collègues, ce n’est pas le changement de prise en charge des patients qui pose problème. C’est la méthode et le projet que nous devrions accompagner basé sur la confiance et la participation.

Mais quelle confiance ? Celle qui ne respecte pas la réglementation sur les temps d’habillage, le temps de pause, le respect des périodes de congés d’été du 21 juin au 21 septembre ? Les heures supplémentaires non comptabilisées pour les soignants, administratifs et techniques ?

La confiance imposée pour revenir sur vos repos ? Celle qui supprime vos K1 ? Celle qui démocratise la flexibilité en vous contraignant d’accepter régulièrement des modifications de planning pour ne pas risquer un gel de note ou un refus de congés ? Celle qui perturbe votre vie familiale et sociale ? Celle qui pousse les temps partiels à revenir travailler, occasionnant des frais de garde sans compensation ?

L’hôpital est devenu maltraitant envers ses agents et ses patients
Parce que tout ce qui donne du sens à notre professionnalisme est remis en cause par l’augmentation de la charge de travail, d’une flexibilité et d’horaires atypiques qui désorganisent nos vies familiales et nous isolent professionnellement et socialement.    Notre expertise est niée alors que nous sommes exposés en permanence à la souffrance d’autrui. Et nous devrions avoir confiance quand nos tutelles mettent en place une pénurie de personnels structurelle et organisée ?

Confiance, quand le gouvernement envisage la fin de notre statut, la démocratisation des contractuels et des coupes sombres dans nos effectifs ?

Les promesses rendent les enfants joyeux, mais nous ne sommes pas des enfants, nous sommes des hospitaliers, responsables et surtout professionnels ! Il est temps pour les hospitaliers de retrouver leur dignité et de se serrer les coudes. Il est temps de se battre contre un système qui reproche aux fonctionnaires d’être les responsables de la crise, qui nous demande inlassablement de faire de nouveaux efforts et qui va à l’encontre de nos valeurs professionnelles et de notre éthique ! Assez d’un système qui dénie l’humain, broie les hospitaliers et les pousse à l’épuisement professionnel, au burn out ou au suicide ! Nous ne voulons pas vivre la situation des salariés d’Orange/France Télécom. Nos conditions de travail dégradées sont imposées par une logique financière qui nie l’essence de la fonction soignante et les attentes des patients. Cette situation favorise l’augmentation des conflits de valeur qui est une dimension très importante dans notre secteur. Nous devons remettre la notion de qualité des soins et la satisfaction du travail bien fait au cœur de nos professions.

Chers collègues, obtenons ensemble court terme :

  • Des effectifs en adéquation juste, avec la charge du travail prescrit et du travail invisible.
  • Le respect de la règlementation sur nos plannings et nos repos.
  • La mise en place de pools court et long pour réduire les frais de remplacements.
  • Le respect des agents qui ont fait le choix d’un temps partiel

Obtenons ensemble à moyen et long terme

  • Une réflexion pluridisciplinaire sur la qualité des soins, la concordance des temps avec les médecins,
  • Une réelle réflexion sur le temps et les organisations de travail, respectueuses de la
    règlementation ainsi que sur les temps de relève mis à mal dans les services, y compris dans les nouveaux services en 12h.
  • La prise en considération des risques psycho-sociaux et la bientraitance des personnels.
  • La mise en place d’analyse de pratiques professionnelles dans tous les services et pour tous les métiers.
  • L’augmentation du nombre de places en crèches et de nouveaux emplacements de parking pour les personnels.

Nous voulons travailler dignement dans le respect de nos valeurs professionnelles. Nous devons exiger du gouvernement qu’il prenne en compte la dégradation de notre système de santé, douloureusement vécue, tant par les professionnels que par la population.

Ce sont ces exigences que la CGT porte par la grève et la manifestation partout en France ce 22 novembre, pour dire qu’une autre politique de santé et d’action sociale est possible.

Des moyens pour l’hôpital public et les soignants !

Ils ne pensent qu’aux sous, nous ne pensons qu’aux soins !

Non aux soins low coast ! On ne lâche rien !

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